Médiation professionnelle : une continuité de mon parcours

Cette année, je retourne à l’école. En partie côté prof – ce sera l’objet d’un autre article – et comme étudiante. 
Pendant les 10 prochains mois, je me forme pour devenir médiateure professionnelle. Non pas médiatrice, médiateurE. La médiatrice est une droite qui coupe un segment en deux parties égales en formant un angle droit en son milieu, ndlr.

Je ne saurais pas expliquer précisément comment cet élan est né. Comme souvent dans mon crâne de numéro 7, il est au carrefour de plusieurs chemins. 
Un chemin personnel qui m’a appris à m’adapter dans le conflit.
Un chemin « numérologique »  , parce que je cherche instinctivement le sens, la cohérence et la « traduction » des messages qui ne trouvent pas d’écho.
Un chemin professionnel, qui m’a récemment démontré combien le désaccord laisse des traces quand le dialogue est écarté.
Un chemin « holistique » qui m’invite – coucou la midlife – à revisiter ma place, mon environnement et mes priorités. 

Bref, je ne vois pas cet élan comme un virage ou une reconversion, c’est pour moi le prolongement naturel de mon itinéraire.

La relation comme fil rouge

J’ai eu plusieurs vies pro avant d’entreprendre. ONG, Ministère, Conseil, CAC 40… j’ai exploré des univers très variés que certains opposent parfois. 

Pourtant, le fil rouge a toujours été clair pour moi : comprendre ce qui fait lien. Mesurer ce qui anime et engage les gens. Sentir à quoi tient l’équilibre des relations, qu’il s’agisse de business, de cohésion d’équipe ou de relations internationales.

C’est guidée par le même élan que j’ai décidé d’entreprendre. En me demandant simplement : que puis-je peux faire, à mon échelle, pour relier les humains (et donc sauver le monde) ?

Comme célébrante des passages, j’accompagne des couples, des familles, des entreprises ; je crée des espaces symboliques dans lesquels les liens se disent, se scellent et se renforcent. 

C’est là qu’est le pont entre ma pratique actuelle et la médiation. 

Et en y pensant, c’est assez simple : je cherche à évoluer là où la question du lien est prise au « sérieux », où elle a une valeur. 
J’ai conscience que l’époque nous mène vers une hyper-connexion virtuelle et une déconnexion humaine, mais j’ai toujours eu un coté rebelle. Et si je pousse un peu plus loin, je crois qu’aller vers un métier qui ne se préoccupe que de la relation humaine est ma façon de résister. D’espérer. 

La médiation professionnelle : prendre soin de la relation

Quand on entend « médiation », on pense souvent au conflit, à un compromis qui oblige l’un et/ou l’autre partie à céder, à un accord qui induit accepte ou dilue forcément. L’amalgame avec les notions de conciliation ou d’arbitrage est fréquent. 

Je vous passe les analyses des écrits de Platon ou des ambitions de Bonaparte, grâce auxquels la science a évolué (de rien) ; ce qu’il faut retenir, c’est que la médiation professionnelle part d’une autre intention. 

Le médiateur professionnel se définit comme un spécialiste de la relation. Il ne juge pas, ne conseille pas, ne tranche pas. Il accompagne chacun à comprendre comment la relation s’est abîmée, et à faire émerger une solution viable sans perdre son libre-arbitre. 

Ce qui me touche dans cette approche, c’est son regard sur l’être humain. On ne cherche pas un coupable, ni une personnalité « toxique ». On part du principe que nous sommes tous, à certains moments, maladroits dans notre façon de dire, d’entendre et d’interpréter. Et que nous avons aussi la capacité de prendre du recul, de comprendre, et de choisir autrement.

La finalité n’est donc pas de « régler » un différend mais de restaurer (ou renforcer avant que le conflit n’émerge) la qualité relationnelle, qui permet aux personnes de bâtir ensemble une solution qui leur ressemble, librement, et de repartir avec des repères pour que la relation soit plus juste demain. 
Le mot qui revient sans cesse en formation, c’est l’altérité : reconnaître que l’autre a sa propre lecture, légitime, de la même situation (par opposition à l’adversité).

Le 4ème courant de pensée : la raison comme boussole

L’un des premiers enseignements de la formation m’a beaucoup déstabilisée. J’ai dû m’accrocher, accepter de déconstruire des réflexes qui viennent de loin … et dealer avec l’idée que je ne serai pas la bonne élève… !

Pourquoi ? Pour faire court : il existe plusieurs manières de « faire de la médiation », et chacune repose sur un référentiel différent, une sorte de grille de lecture de l’humain.

  1. Le courant confessionnel, le plus ancien : le tiers s’appuie sur une morale, sur la distinction entre le bien et le mal.
  2. Le courant juridique : le droit devient la référence, et le médiateur pense en termes de règles, de torts et de conformité au droit.
  3. Le courant psychologique, né au XXe siècle dans le sillage de Freud : la référence est une norme de santé psychique, avec ses catégories et ses diagnostics.
  4. La médiation professionnelle, quatrième courant : son référentiel est la raison.

Ce quatrième courant se revendique d’une filiation philosophique, qui remonte à Platon et Aristote. J’ai du me replonger dans l’allégorie de la caverne. Ça m’a rajeunie. 

Concrètement, le médiateur ne classe pas les personnes, il ne pose pas d’étiquette de « victime » ou de « bourreau ». Il les aide à démêler leurs interprétations, à repérer les intentions qu’elles prêtent à l’autre, et à retrouver une marge de liberté. Cette approche, développée en France depuis la fin des années 1990 par Jean-Louis Lascoux, porte un nom : l’ingénierie relationnelle.

Et finalement, pour un numéro 7 capable de se perdre dans son propre cerveau, ce cadre a quelque chose de rassurant. Il ne demande pas de réparer les gens. Il propose de les éclairer.

Se former à l’EPMN

J’ai choisi de me former à l’EPMN, l’École professionnelle de la médiation et de la négociation. C’est l’école qui a fondé la discipline de la médiation professionnelle. Ses certifications sont reconnues par France compétences.

Ce qui m’a convaincue, c’est l’exigence. On ne vient pas y chercher quelques outils de communication. On y apprend un métier, avec son cadre, sa méthode, sa posture, son code éthique et de déontologie.

Au programme, très concrètement :

  • poser le cadre d’une médiation 
  • analyser une demande, individuelle ou collective, et distinguer ce qui relève de la médiation de ce qui relève du droit, des RH ou du soin
  • conduire des entretiens individuels, un protocole en 9 étapes 
  • animer la médiation, où les parties construisent ensemble un projet commun
  • formaliser un accord qui tienne dans la durée
  • promouvoir la qualité relationnelle dans les organisations, en amont des conflits.

La pédagogie fait une large place aux mises en situation. On s’entraîne, on se trompe, on recommence. Le parcours se conclut par un mémoire professionnel et une soutenance devant un jury.

Je n’en suis qu’au début, mais je dois dire que ce projet me porte…. même si je n’ai pas été challengée comme ça depuis longtemps (en écrivant je vois bien que c’est précisément le challenge qui me porte hein !). 
J’y vais en marchant. Je cherche. Je m’approprie de nouveaux réflexes : écouter sans chercher à rassurer, restituer sans interpréter, accompagner sans questionner, avancer vers une solution sans l’influencer. Une belle leçon d’humilité pour qui aimer proposer et trouver le mot juste !

Où puis-je exercer la médiation ?

La médiation professionnelle s’applique partout où des personnes sont en relation. Je peux donc intervenir dans plusieurs champs :

  • En entreprise et dans les organisations : tensions au sein d’une équipe, désaccord entre un salarié et son manager, conflit entre associés, accompagnement d’un changement ou d’une réorganisation. Drôle de voir comment mon passé se réinvite dans cette nouvelle aventure ! 
  • Dans le dialogue social et la prévention : aider une organisation à installer une culture de la qualité relationnelle, avant que les difficultés ne s’installent.
  • Dans la sphère familiale : séparations, successions, relations entre générations, décisions difficiles autour d’un parent âgé.
  • Entre voisins, entre particuliers, entre clients et prestataires : tous ces différends du quotidien qui empoisonnent la vie et finissent trop souvent devant un juge (ou pire). 

Je dessine en ce moment les contours de mon offre de médiation, en m’appuyant sur le regard que mon entourage personnel et professionnel pose sur ce métier.

Célébrer et réconcilier : deux faces d’un même métier

On pourrait croire qu’il y a un monde entre une célébration et la tension d’un conflit. En réalité, je retrouve dans la médiation beaucoup de ce que je vis déjà avec Sésame cérémonies.

Préparer une cérémonie, c’est d’abord faire de l’espace à une histoire. Une histoire qu’il y a 1000 façons de raconter selon l’angle par lequel on la regarde. 
Il faut faire une place à des expériences, des cultures et des sensibilités différentes, sans que personne ne se sente effacé. C’est déjà, à mon sens, un travail de médiation.

La formation dans laquelle je m’engage enrichit cette posture. 

J’apprends à distinguer ce qui est dit de ce qui est attendu, à repérer une tension avant qu’elle ne s’exprime, à rester à la juste distance. 

Et inversement, le rite a beaucoup à apporter à la médiation. La médiation est peut-être même un rite à part entière, d’ailleurs. Qu’on scelle une réconciliation, qu’on accompagne une séparation, qu’on marque le départ d’un collaborateur ou la renaissance d’une équipe après une crise, il y a bien il y a une intention, un seuil identifiable, une transition. 

C’est là que je vois se dessiner ma singularité : savoir à la fois restaurer le dialogue et donner une forme à ce qui a été traversé.

Et maintenant ?

Je vis cette formation comme un chantier passionnant, exigeant, parfois déroutant. Elle bouscule mes habitudes, mais elle donne surtout un cadre solide à ce qui m’anime depuis toujours : prendre soin des liens.

Je dépose mes réflexions dans mes newsletters. Le lien d’abonnement est sur le site !
To be continued.

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